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Dossier itinérance — La rue est-elle un sens unique?

Par Judith Plamondon • 14 oct, 2008 • Catégorie: Non classé, Société

Depuis les dernières années, le phénomène de l’itinérance prend de l’ampleur et présente un visage de plus en plus jeune. Que font ces jeunes dans la rue? Ont-ils les outils nécessaires pour s’en sortir? La rue est-elle un sens unique, un cul-de-sac ?

«Les jeunes fuient parfois une réalité plus dure que celle de la rue». C’est ce que soutient Michel Parazelli, professeur-chercheur à l’École de travail social de l’UQAM. Il affirme d’ailleurs que bon nombre d’entre eux «ont été victimes de négligence, de violence ou d’agressions dans leur famille.» Pour ces jeunes, la rue constitue alors une stratégie de survie, la meilleure – ou la seule – qu’ils aient pu trouver.

Entre 50% et 75% des jeunes sans-abri ont été un jour ou l’autre sous la tutelle de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), selon une étude publiée dans le Journal of Adolescent Health. Les jeunes en situation d’itinérance passent donc très souvent par les foyers de groupe ou les centres d’accueil avant de se retrouver dans les dédales du centre-ville. Et pour ces jeunes qui vivent des situations familiales et institutionnelles problématiques, la tentation de venir squatter à Montréal est grande.

Le magnétisme de la rue

La rue est magnétique, «comme un aimant». C’est dans ces mots que Marc-André décrit la rue, sa maison depuis six ans. Pour ce jeune toxicomane de vingt-quatre ans, l’itinérance est un engrenage duquel il est très difficile de se sortir : «Moi j’ai essayé de sortir de la rue trois ou quatre fois. Tout allait bien au début, mais dès qu’il y avait une petite affaire qui n’allait plus, je me ramassais toujours ici. On dirait que c’est un aimant le centre-ville.»

Des cas comme celui de Marc-André, Francis Martin, intervenant à l’Anonyme, un organisme qui vient en aide aux jeunes de la rue, en a connus plusieurs. Ce travailleur social, qui intervient auprès de jeunes de 14 à 30 ans, soutient d’ailleurs que la grande majorité des jeunes qui vivent sans toit ont la volonté de s’en sortir, mais «ils deviennent tellement rêveurs, tellement utopiques que dès qu’ils vivent un échec, ils perdent aussitôt leur motivation.»

Francis Martin déplore le manque de ressources en réinsertion sociale pour aider les jeunes qui souhaitent se sortir de la rue. «Il n’y a pas assez de suivi», explique l’intervenant. «Les ressources d’aide aux jeunes sont pour le court terme, mais il y en a très peu à moyen et à long terme qui sont offertes aux jeunes.»

Même son de cloche du côté de Gabriel Bissonnette, porte-parole des camelots de l’Itinéraire, un journal à but non-lucratif créé dans un esprit de réinsertion sociale. M. Bissonnette critique lui aussi vivement le manque de fonds consacrés aux organismes qui tentent d’aider les gens à se sortir de la rue, à réintégrer la société et le marché du travail.

La rue est un mauvais détour, mais pas un cul-de-sac !

Six jours sur sept, le motorisé de L’Anonyme parcourt les rues de Montréal pour offrir aux personnes sans domicile fixe des seringues et des «pipes à crack» propres, des condoms, des jus et un lieu où elles peuvent venir passer du temps et parler avec les intervenants. C’est le travail de Francis Martin, également étudiant à l’UQAM en adaptation scolaire, qui consacre deux nuits par semaine à son boulot d’intervenant dans l’unité mobile de L’Anonyme. Un travail qu’il dit surtout psychologique. «Il s’agit de leur dire qu’on croit en eux. Ils ont besoin de ça. On est là pour les pousser à avoir confiance en eux.»

Au journal l’Itinéraire, Gabriel Bissonnette croit aussi au bien-fondé des organismes qui viennent en aide aux itinérants qui souhaitent s’en sortir. «Tu vois le gars que t’as engagé six mois après et c’est plus la même personne du tout.» L’Itinéraire a aidé, selon M. Bissonnette, au moins 500 personnes à briser le cycle de l’itinérance en 14 ans d’existence.

À Montréal, la ville soutient de huit à dix projets de réinsertion sociale grâce à une enveloppe budgétaire de 900 000$. Ces projets mobilisateurs visent à aider les jeunes de la rue à mieux s’insérer dans la collectivité montréalaise et à les accompagner dans cette démarche d’intégration. Cet argent part toutefois rapidement en fumée et n’est pas suffisant pour les organismes, qui doivent souvent leur survie à de généreux donateurs.

Malgré le manque de ressources pour la réinsertion sociale des itinérants, les gens du milieu demeurent persuadés que la rue n’est pas un sens unique, mais bien qu’un mauvais détour. «C’est faisable de s’en sortir, si je n’y croyais pas, je ne ferais pas ce travail-là!», assure Francis Martin, la voix pleine de conviction et d’espoir.

Judith Plamondon est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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